J’ai passé le bac à l’été 2001, à un moment de l’année où la plus grosse actualité était encore la première saison de Loft Story. À l’époque, je possédais trois trucs : un style douteux, un 3310 avec une mobicarte et un amour inconditionnel pour le rap. Alors, quand il a fallu choisir un sujet de TPE à défendre pour l’examen, je ne suis pas allé voir beaucoup plus loin.
Cette semaine, quand j’ai dévoré la série documentaire sur DJ Mehdi, j’ai forcément repensé à cette époque des sweats à 400 francs et des allers-retours Orléans-Paris en train Corail pour passer chez Urban Music et All City. Et donc à la fois où j’ai envoyé un mail à Fred Musa depuis mon adresse Hotmail, pour lui dire que le lycée m’avait prêté un caméscope et que je préparais un exposé sur le rap français.
Une dizaine de jours plus tard, alors que je suis assis, après les cours, dans le salon de ma maman en train de mater la télé en mangeant une barquette de taboulé industriel, mon précieux portable sonne. En 2001, on répondait. Au bout du fil, celui qu’on appelait d’habitude pour passer en freestyle au 0153403020, Fred de Planète Rap.
“– Tu veux venir assister à une émission ? – Bah oui !”. Le rendez-vous est pris, j’irai avec deux camarades assister à Planète Rap un vendredi soir. Heureux hasard de calendrier, ce vendredi-là, ce sera celui d’un freestyle sans fin de la Mafia K’1 Fry, pour célébrer le retour de Kery James en solo – pour le coup, sans DJ Mehdi.
Sur place, c’est comme vous l’imaginez : enfumé. Mais c’est le rêve pour moi ; je me sens enfin à l’épicentre de ce que j'écoute religieusement sur mon oreiller depuis mes plus jeunes années. Ma timidité l’emporte évidemment sur absolument tout, mais je check quelques seconds couteaux du collectif comme si j’avais une raison d’être là. Je n’ose évidemment pas sortir mon caméscope, je prends juste quelques photos avec un appareil jetable. Les clichés, que je n’ai pas retrouvés, sont à l’image du studio de l’émission de radio : voilés d’un épais nuage de fumée que même le flash Kodak n’arrive pas à percer.
Si vous êtes peu ou prou de la même génération que moi, le docu sur DJ Mehdi : Made in France de Thibaut de Longeville vous a forcément émus et envoyés dans une petite spirale de nostalgie. J’ai eu la chance de croiser Mehdi dans une autre vie, et sans la jouer battement d’ailes du papillon, c’est sans doute un peu à cause de ce coup de fil de Fred Musa, qui m’a prouvé que, depuis ma province, tout était quand même accessible.
PS : le caméscope, monsieur le proviseur, je l’ai utilisé pour faire un bootleg de La Tour Montparnasse infernale au ciné, et pareil, j’ai plus la K7.
Pour continuer sur la nostalgie autour du docu sur DJ Mehdi, Sandra vous partage la playlist de ses dix morceaux essentiels, Simon vous explique pourquoi “Tonton du bled” n’est toujours pas sur les plateformes de streaming et revient sur les meilleures vannes de Mokobé. De mon côté, j’ai rédigé une courte lettre d’amour à l’album Contenu sous pression de Karlito. Mélissa a interviewé un expert pour savoir si la hype infinie sur Sabrina Carpenter est justifiée. Robin n’était pas aux Emmys mais il fait quand même partie des fans de The Bear alors il a classé les bandanas de Sydney. Enfin, Donnia s’est fait hypnotiser au musée et Coumbis nous explique comment se saper comme Shaboozey
On y peut rien c’est mathématique.
Tulipe, l’ours philosophe de l’autrice Sophie Guerrive est de retour pour un cinquième volume, c’est en librairie depuis quelques jours aux éditions 2024 pour 17 euros. Un peu de sagesse et toujours ce qu’il faut de sieste.
À la semaine prochaine,
Pharrell
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